Ayant pour thème la disparition et la renaissance, mon travail sculptural s’inspire des cycles organiques propres à la forêt. Cet écosystème unique dans lequel les éléments vivants se nourrissent des éléments morts témoigne d’un grand potentiel de régénération et est un terreau fertile de création.
En récupérant des branches mortes en forêt, j’incorpore à ma sculpture des éléments organiques et fondamentaux. La transformation par exemple de branches en ‘’jambes’’ dans la série des Géants amène une permutation de sens qui donne vie à des torses que je modèle dans l’argile. Ces corps tronqués, une fois assemblés à leur part manquante, retrouvent leur complétude. Le bois devient l’axe vertical qui permet à l’être de se tenir debout et de tendre vers le ciel. La verticalité de l’arbre devient celle de l’homme.
Le processus créateur par lequel je redonne vie à des éléments voués à la disparition et la décomposition est en quelque sorte rédempteur, à l’image du travail de reconnexion de soi qui s’effectue via l’intégration des sources brutes de la nature. Le travail d’artifice pour fusionner les deux matières s’apparente à un processus alchimique qui permet d’engendrer une nouvelle entité. Symboliquement, l’être, bien que petit, n’est plus écrasé par sa condition humaine. En puisant dans ses racines, il y trouve une force d’élévation qui lui permet d’exprimer sa grandeur originelle.
Mon travail de sculpture se veut également une relecture contemporaine de la statuaire antique via l’intégration d’un matériau pauvre – le bois mort. En exploitant l’expressivité qui émane des éléments organiques, je tente d’organiser deux langages plastiques – le naturel et le sculpté – créant une brèche à travers laquelle l’émotion s’installe. Dans cet espace mitoyen, il n’y a pas de ligne de rupture : l’argile et le bois se fondent pour établir une continuité tant organique que symbolique. La représentation des êtres ainsi formés instaure une esthétique régénérée issue de deux mondes à priori fort différents. Un dialogue s’instaure et la vie de l’oeuvre naît de cette union qui nous rappelle que tout est lié.